LES COLONNES INFERNALES

         Le mois de janvier 1794 est encore un mois de condamnations, où la guillotine ajoute son oeuvre à celle des fusillades et noyades. Ici ou là quelques lueurs d'espoir percent. Joseph Léopold Sigismond Hugo, le père de l'écrivain Victor, préside une sous-commission assez humaine pour épargner la vie de vingt deux jeunes filles... Même si la Vendée militaire est morte et que l'on continue à s'acharner sur elle. A Angers, la municipalité construit un balcon sur un bâtiment de l'actuelle place du Ralliement (où se situe aujourd'hui un grand magasin) afin que les Aristocrates puissent assister au travail du bourreau. Fayau écrivit au conseil du département de Vendée : « Vous savez comme moi, citoyen, que les brigands appelés de la Vendée, éxistent encore, quoique on les aye tués plusieurs fois à la tribune de la Convention. Ils ont même remportés quelques avantages sur nos troupes près de Dôle, et je viens d'apprendre qu'ils dirrigeoient leurs pas sur votre territoire... Je vous engage, citoyens administrateurs, à prendre les mesures les plus promptes, et les plus énergiques, pour que les armées catholiques et royales, dans le cas où elles rentreroient dans la Vendée, n'y trouvent plus qu'un désert. Aux grands maux, de grands remèdes. Il faut purger la patrie, point de commisération, point d'égoïsme. » Le 11 janvier, le général Carpentier qui chassait Charrette avec ses 5.000 hommes, est arrêté par Turreau. Ce dernier ordonne de couper la troupe en 4 sous-ensembles et «de faire une promenade à Légé ». A ses propres officiers écoeurés des incendies allumés et des fusillades contre la population sans défense, le général Carpentier répondit par la présentation d’une lettre écrite et signée de la main de Turreau, ordonnant de « tout incendier, tout tuer, tout massacrer ».
        En fait, Turreau répète un plan auquel il a pensé et en vérifie les résultats d’après les comptes-rendus apportés. Les escarmouches continuent ici ou là. Les débris de la grande armée royaliste luttent encore mais le traumatisme de la Virée de Galerne est grand. L’espoir subsiste-t-il dans les rangs dispersés de cette troupe de fantômes vivants. Les chefs rescapés tentent de réorganiser un minimum leurs bataillons. La Rochejaquelein, " Monsieur Henri »,  combat une petite troupe de cavaliers bleus, lorsqu’il est tiré par un soldat. Il meurt sur le coup, le long d’un chemin, à Nuaillé. Nous sommes le 15 janvier 1794. Le 17 Janvier suivant, 1794, la Convention ordonne la destruction définitive de la Vendée "afin que pendant un an, nul homme, nul animal ne trouve sa subsistance sur ce sol" dira le député Fayau. Le général Rossignol s’écrit « il faut faire de ce pays un désert, et le peupler de bons Républicains ». De cette phrase naîtra pour certains l’idée de dépopulation de la Vendée. Deux armées républicaines ont été préalablement constituées, et ce dès le 2 janvier 1794. Le commandement en est confié à Turreau de Garambouville, ancien officier des troupes royales, ayant caché sa particule et une partie de son nom à la révolution. Il construit l’opération et met au point l’organisation des troupes, les itinéraires, les méthodes à employer (voir annexe 1)… Le plan prévoit que l’une des armées marchera d’est en ouest, alors que la seconde viendra face à elle, comme une sorte de seconde mâchoire se refermant sur le pays, en partant de l’ouest. Chacune de ces armées sera constituée de six divisions… Ainsi douze colonnes marchant en même temps et dans chaque sens, devront lorsqu’elles de rencontreront, avoir fait de la Vendée : « un désert de terres brûlées, de chaumières détruites, de châteaux en ruines, de corps mutilés que survoleront des corbeaux et que dévoreront les loups » indiquera encore Fayau …
       Turreau prendra lui-même le commandement de l’armée basée à Bressuire et devant aller d’est en ouest alors que le général Haxo sera à la tête de la seconde qui viendra à sa rencontre. Les colonnes sont au départ sous les ordres des généraux Grignon, Huché, Dufour, Caffin, Amey, Charlery, Beaufranchet, Chalbos, Grammont, Cordelier, Commaire et Dalliac. Puis, au fil des maladies, des disgrâces et des remaniements, on vit ensuite se joindre à la campagne de destruction les généraux Joba, Carpentier, Duval, Cortez, Robert, Bard, Dutruy, et le chef de bataillon Prévignaud. Elles commenceront leur œuvre le 21 janvier 1794, jour du premier anniversaire de la décapitation de Louis XVI. Elles poursuivront leurs destructions jusqu’en mai 1794, quasiment quatre mois de feu et de mort… Chaque général écrira le 20 janvier son ordre à ses troupes qui se lanceront le lendemain sur le pays. Le général Grignon mentionne par écrit à ses adjoints : «Je vous donne l’ordre de livrer aux flammes tout ce qui sera susceptible d’être brûlé, et de passer au fil de la baïonnette tout ce que vous rencontrerez d’habitants sur votre passage ».  Nous sommes loin d’une recherche d’insurgés !  Pour s’en convaincre, lisons le texte du général Cordelier (Grignon l’écrira aussi) qui précise à sa troupe : « je sais qu’il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays ; c’est égal ! Nous devons tout sacrifier ! ». Le 21 janvier, les colonnes démarrent. Le général Caffin rend compte : « Il est parti environ deux cents charretées de grains sans compter toutes celles de fourrages… Maulévrier, Izernay et quelques villages à un quart de lieue l’un de l’autre, se composent de quelques quinze cents maisons… Lorsque tout le ravitaillement sera évacué je ne veux pas qu’il en reste un vestige, et le pays sera purgé par le fer et le feu. Il ne m’échappera pas un brigand. Ce matin j’ai fais fusiller quatorze femmes et filles ». Comme demandé, les colonnes ne feront pas de quartier. On brûle et on tue.
        Le 23 janvier, Crouzat arrive à Gonnord. L’armée tue et ensuite enterre deux cents cadavres avec au milieu d’eux, deux femmes encore vivantes tout comme une trentaine d’enfants. Le 25 janvier, Crouzat arrive à Chanzeaux et trouve dans l’église mesdemoiselles Picherit et Blanchard en train de fleurir l’autel. Les soldats les arrêtent, ainsi qu’un vieillard et une douzaine d’autres femmes du village. Tous sont fusillés. Boucret le 1er février est à Saint Laurent sur Sèvre. Il fait sabrer et empaler deux religieuses de la Sagesse, trois frères coadjuteurs de la Compagnie de Marie,  puis fait fusiller quinze hommes du village. Il tue ensuite sur les bords de la Sèvre et envoie trente cinq religieuses enchaînées vers Cholet. L’argenterie de l’église est volée. Enfin le feu est mis  à tout le village. Le 4 février quatre vingt hommes et femmes se réfugient dans le clocher de l’église de La Gaubretière. Boucret ordonne d’y mettre le feu. Au bout de huit heures de siège et de feu, une cinquantaine de rescapés se livrent et sont fusillés.
        La Convention sera unanime pour suivre le député Fayau : « La Vendée n’est plus, battue elle doit disparaître, elle s’appellera maintenant Vengé ! ». Et l’on fusille on guillotine et on noie. Le 9 février alors que l’on destitue Carrier à Nantes, on fusille deux cents personnes à la Haie-aux-Bonshommes près d’Angers, deux cents trente cinq personnes près des redoutes de Bournand au sud de Saumur, et le 12 du même mois, plus de quatre cents personnes sont tuées sans combattre près de Port-Saint-Père. Le 14 février Turreau écrit au ministre de la guerre : « depuis que je suis entré en Vendée, voilà plus de douze mille brigands qui sont exterminés. »  Le 22 mars, Grignon ayant quitté Somloire, repasse tuer et incendier à Etusson. Le 1er avril, l’adjudant général Cortez et son bataillon de Saône et Loire est à Chantonnay. Le 4 Crouzat incendie Torfou. Le 9 avril, Dusirat revient tuer et incendier à Chanzeaux… Le 4 mai Dutruy est au Perrier. Le 10 mai, Dusirat incendie la forêt de Vezins et les stocks de grains et farine qu’il y trouve. Le 13 mai, la Convention destitue le général Turreau.

        Elle confie près de vingt quatre mille hommes des armées  de l’ouest au général Vimeux. Il est décidé de cerner maintenant l’ancienne Vendée militaire par des camps et d’organiser cette armée en cinq divisions commandées par les généraux Dembarrère, Caffin, Duquesnoy (immédiatement suppléé par Huché), Boucret, Bonnaire. On pourrait dire alors trivialement, que l’on fait du neuf avec du vieux…  On retrouve en effet un grand nombre de chefs des colonnes. Alors, ils ne savent que remettre en place les plans antérieurs, j’allais oser dire « les bonnes recettes » :

       · Dusirat met la main sur deux milles barriques au Loroux, y tue et brûle le 18 mai.

       · Le 3 juin, le général Cambray trouve encore des moulins à brûler et des personnes à tuer sur la route de Jallais à Montrevault.

       · Le même jour, Dutruy avoue avoir occis cent cinquante brigands à Mouilleron le Captif.

       · Le 12 juin Dutruy, à Château-Thébaud, tue, brûle et coule des bateaux.

Puis les deux camps, les Blancs et les Bleus, reprennent les hostilités plus classiquement dans une guerre de coups de main, une confrontation entre insurgés et représentants de l’ordre établi.

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