HISTOIRE FALSIFIEE

         J'ai été frappé très jeune par la volontaire modification de l'histoire réelle. J'avais sept ans, lorsque dans mon livre d'histoire du cours élémentaire, j'ai trouvé la reproduction du tableau connu de Barra, enfant habillé en soldat, tenant les brides de ses chevaux, le corps transpercé par les faux des Vendéens. Outre le choc provoqué par la mort d'un enfant, un enfant à qui l'on fait faire la guerre, cela renforça chez moi l'envie d'en savoir plus. Quelques années plus tard, j'apprends que ce fait est inexact. Bara n'a jamais existé.

Alors que l’armée vendéenne est en pleine déroute sur la rive droite de la Loire, dans « Le Moniteur » parait un rapport du général Desmarres, commandant la garnison de Bressuire (dans les Deux Sèvres), «J’implore ta justice et celle de la Convention pour la famille de Joseph Barre. Cet enfant m’a accompagné depuis l’année dernière, monté et équipé en hussard. Toute l’année l’a vu charger toujours à la tête de la cavalerie. Elle a vu ce généreux enfant terrasser des brigands. Ce faible enfant, entouré hier par les brigands, a mieux aimé périr que de se rendre et de leur livrer deux chevaux qu’il conduisait… ».

Ainsi va naître de ce fait l’histoire inventée et l’iconographie peinte de Bara. Desmarres demanda même que le corps de Joseph Barre, cet enfant aide palefrenier que la Convention transforma en Bara enfant Républicain assassiné par les Brigands de Vendée, fut porté au Panthéon. Il n’eut pas de réponse, si ce n’est qu’il fut arrêté et guillotiné pour faiblesse devant l’ennemi…

Barre, était en fait fils du palefrenier des écuries du Roi à Versailles, ses propres grands-parents étant domestiques chez la famille Desmarres. Lorsque le général Desmarres d’Estauville, descendants des Desmarres mentionnés ci-dessus, passa à Versailles, le jeune enfant le suivra. Le général était commandant du 8ème hussard. Joseph y était aide palefrenier, et ne combattit jamais, ni ne porta d’uniforme républicain.

Le 7 décembre 1793, une bande de vendéens, commandée par Pierre Cathelineau (un des frères du feu généralissime) attaque les hussards de Desmarres et les battent.  Le lendemain de la défaite, des voleurs de chevaux attaquent l’aide palefrenier pour lui voler des chevaux (pour la viande en ces moments de pénurie où tout le monde avait faim)… Parler de Joseph Barre permettait au général et aux politiques de cacher la défaite de décembre près de Bressuire, devant non pas une armée - toute l’Armée Catholique et Royale est en déroute dans sa virée de galerne – mais seulement devant une toute petite bande, selon Madame Loidreau. Peindre la mort de Barra, comme ce fut le cas, est une manipulation et une manière de dévier les mises en causes potentielles.

 

 

 

A l'été 1793, Vendée et Vendéens sont deux mots appliqués sur toute contrée en rébellion et signifient révolte et révolté. A la fin de la même année le mot " vendéïser " signifiera se conduire en vendéen et se soulever, alors que le mot " vendéïste " qualifiera tout récalcitrant à l'ordre républicain. Notons déjà que le simple nom de Vendée est un choix de vocabulaire politique. Tout d'abord l'essentiel des actions se déroulera en Anjou avec une majorité d'acteurs angevins. Ensuite notons que la révolte s'étendra, comme nous l'avons vu, sur quatre départements, Maine et Loire, Loire Inférieure, Deux-Sèvres et Vendée.

Circonscrire à la Vendée était lui donner une moindre ampleur. Lui donner le nom de Vendée permet éventuellement de conjuguer : il est plus simple de dire Vendéens que  "Maine et Loiriens". Enfin la Vendée est des quatre départements celui le plus éloigné de Paris, ce qui minimise le danger pour la population parisienne.

La Vendée est soulevée, mais aussi bien d'autres régions. De profonds désordres sont constatés dans les villes ou régions suivantes : Caen et la Normandie, Toulon, la Bretagne, le Languedoc, et bien sûr Lyon. Dans cette dernière ville, la répression est terrible, mais elle est dirigée contre les fauteurs de trouble en priorité. Il n'y a, à aucun moment, de plan aussi construit pour exterminer la population, que celui de la Convention appliqué à la Vendée. Collot d'Herbois l'indique bien : « Tout est permis à ceux qui agissent dans le sens de la Révolution ».

 

Les guerres de Vendée continuent aujourd'hui de soulever certaines passions. Même si les manuels scolaires continuent à être tronqués, même si les archives s'ouvrent, même si leur lecture reste partielle, il faut se réjouir du nombre de plus en plus grand, dans cette seconde partie du vingtième siècle, d'historiens de toute tendance politique qui s'interrogent sur les racines réelles de la dernière grande révolte paysanne que notre pays a vécu. Et il est heureux que des hommes et femmes, natifs de cette région ou non, veuillent par leur action garder la mémoire d'un fait et restaurer la vérité sur une tranche de notre histoire.

 

 

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