LA PLANIFICATION

Janvier 1794 est une opération parfaitement organisée, préméditée, planifiée et structurée, structurée dès après le décret du 1er août 1793 et renforcée après celui du 20 octobre 1793.

L'article VI du décret de la Convention en date du 1er août  précise : « il sera envoyé par le ministre de la guerre des matières combustibles de toutes espèces pour incendier les bois, les taillis et les genêts ».

L'article VIII complète le texte : « les forêts seront abattues, les repaires des rebelles seront détruits, les récoltes seront coupées, et les bestiaux seront saisis ».

Et la Convention ouvre la porte à un champ d’actions sans limite pratiquement par la Loi des suspects du 17 septembre 1793.

« sont réputés suspects :

-          ceux qui par leur conduite, leurs relations, leurs propos ou leurs écrits se sont montrés partisans de la tyrannie, du fédéralisme, et ennemis de la liberté.

-          ceux qui ne pourront justifier de leurs moyens d’existence et de l’acquit de leurs devoirs civiques.

-          ceux qui n’auront pu obtenir de certificat de civisme.

-          les ci-devant nobles qui n’ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution.

-          Les émigrés, même s’ils sont rentrés.

-          Les prévenus de délits, même acquittés. »

Cette loi des suspects permet on le voir de considérer suspect toute personne dont on voudra se défaire. Les acteurs peuvent réduire une population en miettes, les instruments nécessaires sont presque tous prêts !

Léquinio, député du Morbihan, écrit à la Convention dès le 4 novembre 1793 : « J'ai écrit partout qu'il ne fallait pas faire de prisonniers, ..., et je voudrais qu'on adoptât la même mesure dans toute la France. Quant à la Vendée, cela est indispensable : c'est à vous de juger si j'ai tort ».

         Tout d'abord Turreau dispose, le 21 Janvier, de cent deux mille sept cent neuf soldats sous ses ordres. Le plan est bien structuré puisque comme l'écrira Faurès, vice-président de la commission militaire de Fontenay le Comte : « Une armée entière, passant dans un petit village, ne ferait aucun butin; au lieu que, partagée en douze colonnes, elle pouvait beaucoup mieux piller, voler, s'enrichir des biens ». Ensuite, le choix du 21 Janvier comme date de démarrage de l'action ne peut être simple coïncidence, puisque ces troupes étaient sur le pied de guerre depuis le 2 Janvier. Par ailleurs il est intéressant de peser les mots contenus dans l'ordre donné par Turreau à ses généraux. L'armée qu'il conduira lui-même (l'autre rappelons-le, sera conduite par Haxo), recevra de sa part la charge de :

         « 1. Détruire les approvisionnements, le bétail, le grain que l'on ne pourrait évacuer sur les derrières

         « 2. Brûler toutes les maisons, les villages, les villes sauf treize que l'on réserve pour servir de magasins et de garnisons

         « 3.Désarmer tous les habitants, même les patriotes

         « 4. Evacuer tous ceux qui, n'ayant pas pris les armes, pourraient cependant être soupçonnés d'avoir aidé les révoltés

         « 5. Fusiller tout homme suspect sur lequel pèserait le moindre soupçon

         « Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main, ou convaincus de les avoir prises pour se révolter contre leur patrie, seront passés au fil de la baïonnette. On en agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Tous les villages, bois, genêts et généralement tout ce qui peut être brûlé sera livré aux flammes. Pour faciliter cette opération, on fera précéder chaque colonne de quarante ou cinquante pionniers ou travailleurs qui feront les abattis nécessaires dans les bois ou forêts pour préparer l'incendie ».

         Nous disposons aujourd'hui des rapports journaliers des chefs de colonnes. Ils montrent que l'ordre d'extermination a été donné, reçu et exécuté. Les comptes rendus parlent de massacres, tueries, viols, incendies et sacrilèges.

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